Le budget mobilité vous laisse reprendre une voiture, mais chaque euro dépensé pour elle est un euro qui ne financera ni votre loyer ni votre abonnement de train. Depuis janvier 2026, cette voiture doit être 100 % électrique. La vraie question n'est donc plus « laquelle est la meilleure » mais « laquelle me laisse le plus de marge ». Voici les chiffres belges pour trancher.

Budget mobilité : quelle voiture électrique choisir en Belgique ?

Choisissez le modèle électrique le moins cher qui couvre vraiment vos trajets, pas le plus valorisant. Sur un budget médian de 8 245 € par an, une citadine ou un petit SUV électrique autour de 440 à 470 € par mois laisse encore 2 500 à 3 000 € pour le pilier 2. Un SUV premium engloutit tout, et parfois davantage.

Le budget mobilité désigne un système fédéral qui permet à un travailleur d'échanger sa voiture de société, ou son droit à une voiture de société, contre un budget annuel réparti sur trois piliers : une voiture électrique (pilier 1), des moyens de transport durables et des frais de logement (pilier 2), et un solde versé en cash (pilier 3). Le montant est égal au coût total annuel de la voiture rendue pour l'employeur, ce que le secteur appelle le TCO.

Attention à une confusion fréquente : le budget mobilité fédéral, encadré par la loi du 17 mars 2019, n'est pas la même chose qu'un « budget mobilité maison » proposé dans un plan cafétéria. Le second est un arrangement contractuel entre vous et votre employeur, sans le régime fiscal et social du premier. Si votre DRH vous parle d'un budget mobilité, demandez lequel des deux : les conséquences sur votre net ne se ressemblent pas.

En pratique, le raisonnement se fait dans cet ordre : je connais mon budget, j'estime le coût annuel de la voiture que je vise, et je regarde ce qu'il reste. Pas l'inverse.

Pourquoi seule une voiture 100 % électrique entre-t-elle dans le pilier 1 ?

Parce que la règle a changé au 1er janvier 2026. Depuis cette date, toute voiture commandée ou mise en leasing dans le cadre du pilier 1 doit être totalement sans émissions. Les hybrides rechargeables et les thermiques peu émetteurs, jusque-là admis sous certains seuils de CO₂ et de polluants, sont exclus.

Concrètement, le critère porte sur la date de signature du bon de commande ou de conclusion du contrat de leasing, pas sur la date de livraison. Un collègue qui a signé fin 2025 pour un hybride rechargeable livré en mars 2026 reste couvert ; vous, qui signez aujourd'hui, ne l'êtes plus. Cette nuance décide de tout si votre entreprise a un carnet de commandes chargé.

Le reste du cadre n'a pas bougé. La voiture doit être mise à disposition par l'employeur, comme une voiture de société classique : impossible d'acheter la vôtre avec ce budget. Et vous ne pouvez disposer que d'une seule voiture pendant l'octroi du budget mobilité, celle du pilier 1.

Le coût réel du pilier 1, au-delà du loyer de leasing

Le montant imputé sur votre budget n'est pas la mensualité de leasing, mais le coût total de la voiture pour l'employeur : leasing, électricité, assurance, taxes, entretien, cotisation de solidarité, moins l'avantage fiscal. C'est presque toujours plus que le loyer affiché.

La cotisation de solidarité CO₂ est le poste que la plupart des simulateurs oublient. Elle reste due à l'ONSS sur une voiture électrique, au montant minimum légal, fixé pour 2026 à 42,34 € par mois pour un véhicule acquis depuis le 1er juillet 2023. Cela fait environ 508 € par an qui sortent du budget avant même que vous ayez roulé un kilomètre.

L'ordre de grandeur de l'écart se lit sur un exemple chiffré publié par LIZY : une Volkswagen ID.3 à 509 € de leasing mensuel affiche un TCO de 539 € par mois une fois l'électricité (181 €), les taxes (22 €) et l'avantage fiscal (−173 €) intégrés. Comptez donc un supplément de 5 à 10 % sur le loyer pour approcher le coût réellement imputé. Et gardez en tête que l'avantage de toute nature, lui, continue d'être imposé sur votre fiche de paie : la voiture du pilier 1 reste une voiture de société.

Combien votre voiture électrique laisse-t-elle pour les piliers 2 et 3 ?

Tout dépend du segment. Sur le budget médian belge de 8 245 € par an, l'écart entre une citadine électrique et un SUV premium représente plusieurs milliers d'euros de loyer, d'abonnements de train ou de vélo que vous financez, ou pas.

Voici les premiers prix relevés dans le catalogue de leasing LIZY en août 2026, hors TVA, pour des électriques d'occasion récente, avec le coût annuel approché et le solde restant sur un budget de 8 245 €.

ModèleSegmentLeasing/moisCoût annuelSolde piliers 2-3
Peugeot e-2008SUV urbain439 €~5 300 €~2 900 €
BYD Atto 3SUV compact449 €~5 400 €~2 800 €
Nissan AriyaSUV familial469 €~5 600 €~2 600 €
Škoda EnyaqSUV familial529 €~6 300 €~1 900 €
Audi Q4 e-tronSUV premium619 €~7 400 €~800 €
Polestar 3Grand SUV premium849 €~10 200 €budget dépassé

Le verdict est net : en dessous de 470 € par mois, il reste de quoi financer un loyer ou un abonnement SNCB pour toute la famille ; au-delà de 620 €, le pilier 2 devient symbolique. Ces montants valent pour de l'occasion récente, sur un kilométrage standard. Une voiture neuve équivalente coûte davantage et rétrécit d'autant le solde. Un Kia EV4 en 150 kW Air, par exemple, est affiché à 619 € par mois avec un TCO annoncé autour de 591 €, pour 624 km d'autonomie : c'est le genre de compromis qui tient encore la route sur un budget médian.

Et si mon budget est proche du plancher de 3 233 € ?

Alors le pilier 1 n'a plus vraiment de sens. À ce niveau, aucune électrique en leasing ne rentre : 3 233 € par an, c'est moins de 270 € par mois, tout compris. Le budget se répartira entre les piliers 2 et 3, ce qui reste parfaitement légal et souvent plus avantageux. Un budget bas signale simplement que la voiture rendue était modeste.

Quel budget mobilité pouvez-vous espérer en ?

Entre 3 233 € et 17 244 € par an en 2026, ces montants indexés étant le plancher et le plafond légaux. Votre budget ne peut pas non plus dépasser un cinquième de votre rémunération brute annuelle. En pratique, le montant médian observé en Belgique était de 8 245 € par an en 2025.

Le calcul part du coût total de la voiture que vous rendez. SD Worx donne un exemple parlant : une voiture dont le TCO annuel atteint 9 200 € (6 000 € de leasing, 2 000 € de carburant, 1 200 € d'entretien et d'assurance), pour un salaire brut de 70 000 €. Le cinquième du brut vaut 14 000 €, le TCO 9 200 € : le budget mobilité s'établit à 9 200 €. C'est le plus petit des deux qui l'emporte.

Un détail qui coince souvent : plus votre voiture de société actuelle était grosse, plus votre budget sera élevé. Le collègue qui roule en break diesel bien équipé partira avec un budget nettement supérieur à celui qui a choisi une citadine sobre. Le système récompense mécaniquement ceux qui polluaient le plus. C'est contre-intuitif, et c'est pourtant écrit dans la formule.

Les proportions de Belges qui franchissent le pas restent modestes, mais elles bougent vite. Selon l'analyse SD Worx du 20 février 2026, portant sur 37 000 employeurs et 1,1 million de travailleurs, 7 % des travailleurs disposant d'une voiture de société optent pour le budget mobilité. À Bruxelles, la proportion monte à 16,2 %, contre 5,5 % en Flandre et 4,2 % en Wallonie.

Faut-il vraiment reprendre une voiture dans le pilier 1 ?

Pas forcément, et les chiffres belges le montrent : trois bénéficiaires sur quatre utilisent leur budget pour le remboursement de frais de logement, et près d'un sur trois pour des abonnements de transports publics. Le budget mobilité est devenu, dans les faits, un dispositif logement autant qu'un dispositif mobilité.

La raison est fiscale. Tout ce qui passe par le pilier 2 est net : ni impôt, ni cotisation sociale. Les loyers, les intérêts et les amortissements en capital d'un emprunt hypothécaire y sont assimilés à des moyens de transport durables, à condition d'habiter à 10 km maximum du lieu de travail ou de télétravailler au moins la moitié du temps. Pour un Bruxellois qui travaille dans le Pentagone et loge à Ixelles, c'est plusieurs centaines d'euros nets par mois.

Le cas limitant mérite d'être dit franchement. Si vous habitez à 40 km du bureau et que vous êtes au bureau tous les jours, le volet logement du pilier 2 tombe. Il vous reste les abonnements, le vélo et le covoiturage, rarement de quoi absorber 8 000 €. Le solde bascule alors en pilier 3, amputé de la cotisation spéciale de 38,07 %. Sur 3 000 € de solde, vous touchez environ 1 858 € bruts avant précompte. Ce n'est pas une catastrophe, mais ce n'est plus l'affaire du siècle, et il faut le savoir avant de signer.

Ce solde en cash est-il vraiment perdu ?

Non, pas complètement. La cotisation de 38,07 % ouvre des droits sociaux : pension, maladie, chômage. Ce n'est pas un impôt sec. Reste que le rendement immédiat est nettement inférieur à celui du pilier 2, où l'euro dépensé vaut un euro plein. Si vous pouvez charger le pilier 2, chargez-le.

Pour quel profil le budget mobilité vaut-il le coup ?

Le calcul penche en votre faveur si vous habitez près du travail, si vous roulez peu, et si votre voiture actuelle est chère à faire tourner. Il penche contre vous si vous faites 30 000 km par an entre Namur et Anvers.

« Le budget mobilité ne récompense pas celui qui choisit la plus belle électrique. Il récompense celui qui choisit la plus sobre et qui met le reste dans son loyer. »

Et si je fais beaucoup de kilomètres pour le travail ?

Le budget mobilité reste possible, mais le pilier 1 va tout absorber. Un grand rouleur a besoin d'autonomie et de recharge rapide, donc d'un modèle cher, et son électricité pèse lourd dans le TCO. Dans ce profil, une voiture de société classique en leasing reste souvent plus simple. Le simulateur de coût total permet de comparer les deux scénarios avec votre kilométrage réel.

Et si je n'ai pas encore de voiture de société ?

Vous pouvez quand même y prétendre. Depuis le 1er janvier 2022, un travailleur éligible à une voiture de société selon la politique salariale de son employeur peut basculer directement vers le budget mobilité sans être passé par la voiture. Le budget est alors calculé sur le coût qu'aurait représenté la voiture à laquelle vous aviez droit.

Et si mon employeur ne le propose pas encore ?

Il devra s'y mettre. L'obligation entre en vigueur le 1er janvier 2027 pour les employeurs d'au moins 50 travailleurs, puis le 1er janvier 2028 pour ceux d'au moins 15 travailleurs. Aujourd'hui, seuls 2,4 % des employeurs belges le proposent, soit environ un sur 42, avec une avance nette à Bruxelles (6,8 %) sur la Flandre et la Wallonie (2,2 % chacune). Rien n'empêche d'ouvrir le sujet en entretien annuel.

Questions fréquentes

Quelle voiture électrique peut-on prendre dans le budget mobilité ?

N'importe quelle voiture 100 % électrique, à condition que son coût total pour l'employeur ne dépasse pas le budget mobilité qui vous est alloué. Depuis le 1er janvier 2026, c'est le seul type de motorisation admis dans le pilier 1 : les hybrides rechargeables et les thermiques peu émetteurs ne sont plus acceptés, même s'ils l'étaient auparavant sous le seuil de 95 g de CO₂ par kilomètre.

Quel est le montant du budget mobilité en 2026 ?

Le montant correspond au coût total annuel de la voiture de société que vous rendez, pour votre employeur. Il doit rester entre un plancher de 3 233 € et un plafond de 17 244 € en 2026 (montants indexés), sans dépasser un cinquième de votre rémunération brute annuelle. Selon SD Worx, le montant médian réellement observé en 2025 était de 8 245 € par an.

Peut-on acheter sa propre voiture avec le budget mobilité ?

Non. La voiture du pilier 1 doit être mise à disposition par l'employeur, exactement comme une voiture de société classique : achat ou leasing au nom de l'entreprise. Le budget mobilité ne se transforme jamais en capital d'achat personnel. Si vous voulez acheter votre voiture, la seule voie est le solde du pilier 3, versé en cash après une cotisation de 38,07 %.

Paie-t-on un avantage de toute nature sur la voiture du pilier 1 ?

Oui. La voiture du pilier 1 reste une voiture de société : l'avantage de toute nature est calculé et imposé normalement, et l'employeur doit toujours la cotisation de solidarité CO₂ auprès de l'ONSS. Sur une électrique, l'avantage est au taux le plus bas, mais il n'est pas nul. Seuls les piliers 2 et 3 échappent à cette logique.

Le budget mobilité peut-il financer un loyer ou un crédit hypothécaire ?

Oui, dans le pilier 2, si vous habitez à 10 km maximum de votre lieu de travail ou si vous télétravaillez au moins la moitié du temps. Les loyers, les intérêts et les amortissements en capital d'un emprunt hypothécaire sont alors assimilés à des moyens de transport durables, exonérés d'impôts et de cotisations. C'est l'usage le plus fréquent : trois bénéficiaires sur quatre selon SD Worx.

Combien reste-t-il si je ne prends aucune voiture ?

La totalité du budget bascule dans les piliers 2 et 3. Ce que vous consacrez au pilier 2 (vélo, abonnement de train, loyer, intérêts hypothécaires) est net d'impôt et de cotisations. Ce qui reste après le 31 décembre part en pilier 3, versé en argent après une cotisation spéciale de 38,07 % à votre charge, qui ouvre des droits à la pension et au chômage.

Mon employeur est-il obligé de proposer le budget mobilité ?

Pas encore. Aujourd'hui, la démarche reste volontaire, et seuls 2,4 % des employeurs belges le proposent selon les calculs de SD Worx. À partir du 1er janvier 2027, l'obligation s'applique aux employeurs d'au moins 50 travailleurs, puis à ceux d'au moins 15 travailleurs au 1er janvier 2028. Le travailleur, lui, garde toujours le choix d'y adhérer ou non.

Le verdict de Christophe F.

Le budget mobilité est intéressant à une condition : ne pas reproduire à l'identique la voiture qu'on vient de rendre. Sur un budget médian de 8 245 € par an, un Peugeot e-2008 ou un BYD Atto 3 autour de 440 à 450 € par mois laisse encore 2 800 à 2 900 € pour le loyer, le vélo ou l'abonnement SNCB, quand un Polestar 3 à 849 € par mois consomme le budget entier et le dépasse. Avant de signer, faites trois vérifications : demandez à votre employeur le TCO exact de votre voiture actuelle, car c'est lui qui fixe le montant ; vérifiez si vous êtes bien à 10 km du bureau ou à plus de 50 % de télétravail, car c'est ce qui débloque le volet logement du pilier 2 ; et n'oubliez pas les 42,34 € mensuels de cotisation de solidarité qui sortent du pilier 1 avant le premier kilomètre. Si vous habitez loin et roulez beaucoup, la voiture de société classique reste souvent le calcul le plus simple.