En société, la TVA d'une voiture électrique reste plafonnée à 50 %, même quand le véhicule est déductible à 100 % à l'impôt. Ce sont deux taxes différentes, et les confondre coûte cher. Détail du calcul 2026, forfait 35 % ou kilométrage réel, avec les montants réels sur trois modèles.
Peut-on récupérer toute la TVA d'une voiture électrique de société ?
Non. La TVA d'une voiture électrique achetée en société est déductible à 50 % au maximum, exactement comme pour une essence ou une diesel. Le fait qu'elle soit « zéro émission » ou déductible à 100 % à l'impôt ne change rien à ce plafond. Tu ne récupères jamais plus de la moitié de la TVA payée.
La déduction de TVA désigne le droit, pour un assujetti, de récupérer la TVA payée sur ses achats professionnels via sa déclaration périodique. Pour une voiture, l'article 45 §2 du Code de la TVA pose un plafond dur : 50 %, jamais plus. L'administration part du principe qu'une voiture sert toujours un peu à la vie privée, et refuse donc la récupération totale. Selon le SPF Finances, cette limite s'applique quelle que soit la motorisation.
Concrètement, sur une Tesla Model Y facturée 47 990 € TVAC, la TVA payée est d'environ 8 328 € (47 990 × 21 / 121). Le maximum récupérable est la moitié, soit 4 164 €. Beaucoup d'indépendants pensent en récupérer 8 328 € parce qu'on leur a vendu « la voiture 100 % déductible ». C'est faux, et l'écart fait 4 164 € de trésorerie.
Pourquoi la TVA reste-t-elle plafonnée à 50 % si la voiture est déductible à 100 % ?
Parce que ce sont deux impôts qui n'ont rien à voir. La déductibilité à 100 % concerne l'impôt sur les revenus ; la limite de 50 % concerne la TVA. Une voiture électrique peut très bien être déductible à 100 % à l'impôt des sociétés et plafonnée à 50 % à la TVA en même temps.
La déductibilité à l'impôt réduit le bénéfice taxable : à 100 %, l'intégralité du coût de la voiture (amortissement, entretien, électricité) sort du résultat sur lequel la société ou l'indépendant paie l'impôt. La déduction de TVA, elle, agit en amont : elle te rend une partie des 21 % de TVA que tu as avancés à l'achat. Deux calculs séparés, deux plafonds, deux lignes différentes dans ta comptabilité.
C'est la source de confusion numéro un chez les indépendants belges passés à l'électrique. En avril 2026, un graphiste bruxellois m'expliquait qu'il avait « tout récupéré » sur sa voiture de société : à l'impôt oui, à la TVA il avait touché 35 %, pas 100 %. Le vendeur avait parlé de déductibilité fiscale, jamais de TVA. Pour information, la déductibilité à l'impôt des voitures électriques neuves reste à 100 % pour les commandes passées avant le 1ᵉʳ janvier 2027, puis descend à 95 % en 2027 et 90 % en 2028, selon le Moniteur Automobile. La TVA, elle, ne bouge pas : 50 % restera 50 %.
Quelle méthode de calcul de TVA choisir en Belgique ?
Trois méthodes existent, et tu choisis. Le forfait de 35 % s'applique sans aucun justificatif. Le semi-forfait calcule ton usage privé avec une formule. Le kilométrage réel, carnet de bord à l'appui, monte jusqu'au plafond de 50 %. Aucune méthode ne dépasse 50 % pour une voiture.
Le forfait de 35 % est le plus simple : tu déduis 35 % de la TVA sur l'achat, la recharge et l'entretien, sans tenir de registre. Le kilométrage réel exige de noter chaque trajet professionnel (date, adresses, kilomètres) : lourd, mais c'est le seul chemin vers 50 %. Entre les deux, le semi-forfait applique cette formule :
Pourcentage privé = ((distance domicile-travail × 2 × 200) + 6 000) / kilomètres annuels totaux
Prenons un indépendant qui habite à 15 km de son bureau et roule 20 000 km par an. Son usage privé forfaitaire vaut (15 × 2 × 200) + 6 000 = 12 000 km, soit 60 % du total. Son usage professionnel tombe donc à 40 %, et sa TVA déductible à 40 %. En roulant plus pour le travail, il aurait dépassé 50 % d'usage pro et plafonné à 50 % de déduction. Le forfait de 35 % lui aurait donné moins ; le carnet de bord, un peu plus, au prix du suivi quotidien.
Le forfait de 35 % couvre-t-il aussi la recharge et l'entretien ?
Oui. Le forfait de 35 % s'applique à tous les frais du véhicule : achat ou loyer de leasing, électricité de recharge, entretien, pneus. Tu ne peux pas mélanger les méthodes poste par poste. Si tu prends le forfait, c'est 35 % sur l'ensemble ; si tu prends le kilométrage réel, c'est ton pourcentage réel sur tout, dans la limite de 50 %.
Peut-on changer de méthode d'une année à l'autre ?
Oui, mais pas en cours d'année. La méthode se choisit par véhicule et vaut pour l'année civile entière. Tu peux passer du forfait 35 % au kilométrage réel l'année suivante si ton usage professionnel a augmenté, à condition de tenir le carnet dès le 1ᵉʳ janvier. Le semi-forfait, lui, ne s'utilise que pour un seul véhicule par utilisateur.
Récupération de TVA sur trois voitures électriques de société
Le plafond de 50 % et le forfait de 35 % donnent ceci sur trois modèles courants en flotte belge. Les montants partent du prix catalogue TVAC ; la TVA payée vaut le prix × 21 / 121.
| Modèle | Prix TVAC | TVA payée | Récup. 50 % | Récup. 35 % |
|---|---|---|---|---|
| Renault 5 E-Tech | 28 200 € | 4 894 € | 2 447 € | 1 713 € |
| Volkswagen ID.4 Pro | 45 990 € | 7 982 € | 3 991 € | 2 794 € |
| Tesla Model Y | 47 990 € | 8 328 € | 4 164 € | 2 915 € |
L'écart entre les deux colonnes de droite, c'est la valeur d'un carnet de bord bien tenu. Sur la Model Y, passer de 35 % à 50 % rapporte 1 249 € de TVA en plus. Sur la Renault 5, seulement 734 €. Plus la voiture est chère et plus tu roules pour le travail, plus le carnet de bord se rentabilise.
Le verdict de christophe-f
La TVA de la borne et de la recharge est-elle récupérable ?
Oui, à la même hauteur que la voiture. La borne de recharge et l'électricité que tu consommes suivent le régime TVA du véhicule qu'elles alimentent : 35 %, ton pourcentage réel, ou 50 % au maximum. Elles ne s'échappent pas dans une case plus favorable.
L'achat et la pose d'une borne à domicile sont facturés à 21 % de TVA. Si ton habitation a plus de dix ans et que l'installation est faite par un entrepreneur enregistré, le taux tombe à 6 % sur la main-d'œuvre. Côté déduction, la TVA de la borne professionnelle se récupère dans la même limite de 50 % que la voiture, selon une circulaire du SPF Finances qui a clarifié tout ce volet en 2021. L'électricité d'une borne publique belge est, elle aussi, facturée à 21 % et récupérable selon la même règle.
Et la recharge à domicile remboursée par l'employeur ?
C'est un cas différent, côté salarié. Quand un employeur rembourse l'électricité chargée à domicile au tarif CREG, il n'y a pas de récupération de TVA à ton niveau : le régime en jeu est celui de l'ATN et du remboursement de recharge, pas la déduction TVA. La déduction TVA de la recharge concerne l'assujetti (société ou indépendant) qui paie l'électricité et la porte en frais.
Quelle méthode choisir selon ton profil d'indépendant ?
La règle simple : beaucoup de route professionnelle, carnet de bord ; peu de route ou allergie à l'administratif, forfait 35 %. Le seuil de bascule se situe autour de 35 % d'usage professionnel réel, en dessous duquel le forfait devient plus intéressant que le calcul détaillé.
Un consultant qui roule 30 000 km par an dont 22 000 chez ses clients a un usage pro largement au-dessus de 50 % : il plafonne à 50 % de déduction et le carnet de bord se justifie sans hésiter. Un architecte qui travaille surtout depuis son bureau et roule 12 000 km, moitié privé, gagne rarement à tenir un registre : le forfait 35 % lui évite la corvée pour une différence de quelques centaines d'euros.
Et si je roule moins de 10 000 km par an ?
Le forfait de 35 % est presque toujours le bon choix. En dessous de 10 000 km annuels, la part du domicile-travail et des 6 000 km privés forfaitaires écrase vite ton usage professionnel dans la formule semi-forfaitaire. Le carnet de bord te ferait souvent atterrir sous 35 %, donc en dessous du forfait. Autant prendre le forfait et ne rien noter.
Et en télétravail massif ?
Ton usage professionnel baisse, et avec lui ta déduction réelle. Moins de trajets vers les clients ou le bureau, c'est moins de kilomètres pro dans le carnet, donc un pourcentage plus faible. Un indépendant à trois jours de télétravail par semaine a souvent intérêt à rester au forfait de 35 %, qui ignore le nombre de trajets réels et reste stable quoi qu'il arrive.
Et pour une camionnette électrique ?
Là, le plafond saute. Une camionnette électrique homologuée comme véhicule utilitaire et utilisée à 100 % pour le travail récupère l'intégralité de sa TVA, pas la moitié. Le plafond de 50 % ne vise que les voitures particulières. C'est l'argument fiscal fort d'un utilitaire électrique pour un artisan : sur un fourgon à 45 000 €, la TVA récupérable double par rapport à une voiture équivalente.
Le vrai piège n'est pas de choisir la mauvaise méthode. C'est de croire que « voiture électrique 100 % déductible » veut dire « TVA récupérée à 100 % ». J'ai vu des indépendants budgéter la trésorerie de leur année sur cette erreur, et se retrouver 4 000 € plus courts que prévu.
Avant de signer, chiffre les deux scénarios sur ton kilométrage réel : notre comparateur de voitures électriques t'aide à poser le coût sur quatre ans, TVA comprise. La bonne méthode n'est pas la plus généreuse sur le papier, c'est celle qui colle à ta façon de rouler.


