Sur un chantier près de Wavre en janvier 2026, j'ai vu le premier Maxus T90 EV en livrée artisan que je croisais sur la route. Le patron paysagiste l'avait pris pour le silence et la prime à l'image verte auprès de ses clients bruxellois. Sa première remarque : « Je ne peux plus emmener la remorque avec la mini-pelle. » Le T90 EV tracte 1 000 kg. Son ancien Hilux diesel, 3 500.

Le pick-up électrique en Belgique est arrivé plus vite que prévu, mais tous ne se valent pas, et l'argument fiscal qui pousse les voitures de société vers l'électrique ne s'applique pas ici. Si vous cherchez un pick-up pour un usage professionnel (transport de matériel, remorquage, benne), lisez la partie fiscalité avant tout. Si vous le voulez pour un usage loisir ou famille, la question de la déductibilité ne vous concerne pas, et c'est l'autonomie réelle qui décide.

Quels pick-up électriques peut-on acheter en Belgique ?

Quatre modèles sont commandables ou imminents en Belgique en 2026, plus un import confidentiel. Un pick-up électrique désigne un véhicule utilitaire à benne ouverte propulsé uniquement par batterie, par opposition aux versions hybrides rechargeables comme le Ford Ranger PHEV.

Le Maxus T90 EV ouvre le marché : premier pick-up 100 % électrique commercialisé en Europe, batterie LFP de 88,5 kWh, moteur arrière de 130 kW. L'Isuzu D-MAX EV arrive avec une transmission intégrale à double moteur (43 kW avant, 97 kW arrière) et une vraie capacité de remorquage. Le Toyota Hilux BEV, attendu chez Toyota Belgique, annonce 257 km WLTP. Et le Maxus eTerron 9, dès la mi-2026, monte la barre avec 102 kWh et 3,5 tonnes de remorquage.

ModèleBatterieAutonomie WLTPRemorquagePrix indicatif
Maxus T90 EV88,5 kWh330 à 354 km1 000 kg66 538 € TVAC
Isuzu D-MAX EV~66 kWh263 km3 500 kgnon communiqué
Toyota Hilux BEVnon communiqué257 kmnon communiquénon communiqué
Maxus eTerron 9102 kWhjusqu'à 430 km3 500 kgdès 56 160 € HTVA

Sources : fiches constructeurs Maxus, Isuzu, Toyota Belgique ; Le Moniteur Automobile (2024) ; prix catalogue belges mai 2026.

Le Ford F-150 Lightning existe en Belgique, mais uniquement en import gris par quelques distributeurs : 588 ch, plus de 4,5 tonnes de remorquage, autonomie supérieure, tarif et homologation au cas par cas. Ce n'est pas un achat grand public.

Un pick-up électrique peut-il tracter une remorque lourde ?

Tout dépend du modèle, et l'écart est énorme. Le Maxus T90 EV plafonne à 1 000 kg de remorque freinée. L'Isuzu D-MAX EV et le Maxus eTerron 9 atteignent 3 500 kg, le maximum d'un permis B avec remorque.

Le remorquage est le critère qui sépare le gadget de l'outil. Un artisan qui tracte une remorque porte-engin, un agriculteur avec un van à bétail ou un particulier avec un bateau ont besoin de 2 000 à 3 500 kg. À ce jeu, le T90 EV est hors course malgré son prix d'appel : ses 1 000 kg le réservent à une petite remorque bagagère. C'est le défaut qui a fait grincer mon paysagiste de Wavre.

L'eTerron 9 corrige le tir avec ses 3,5 tonnes annoncées, et le D-MAX EV conserve la réputation de baroudeur d'Isuzu. Mais attention à l'autonomie : tracter divise la portée par deux. Un pick-up qui annonce 300 km réels descend à 150 km remorque chargée attelée, parfois moins en hiver. Sur l'E411 vers les Ardennes, cela impose un arrêt recharge que le diesel n'aurait jamais demandé.

Quelle autonomie réelle attendre d'un pick-up électrique ?

Comptez 250 à 320 km en conditions réelles pour les modèles 2026, contre 330 à 430 km annoncés en WLTP. Un pick-up est une brique aérodynamique lourde : sa consommation grimpe vite sur autoroute.

Le chiffre constructeur, c'est bien. Le chiffre réel, c'est ça : l'Isuzu D-MAX EV donne 263 km WLTP, ce qui laisse espérer 210 à 230 km par temps doux et nettement moins à 120 km/h chargé. Le Maxus T90 EV oscille entre 330 et 354 km WLTP selon les sources, soit environ 260 à 290 km réels. L'eTerron 9 et sa batterie de 102 kWh visent jusqu'à 430 km WLTP, le seul du lot à viser un usage interurbain confortable.

La recharge suit le même profil utilitaire que la voiture. Le T90 EV passe de 20 à 80 % en 45 minutes en courant continu, ce qui est lent pour un véhicule de travail dont chaque pause coûte de l'argent. En zone rurale wallonne, où les bornes rapides se comptent encore sur les doigts d'une main entre deux villages, c'est un point à anticiper sérieusement avant de signer.

1 000 kgRemorquage Maxus T90 EV

Contre 3 500 kg pour un Hilux diesel équivalent

÷2Autonomie remorque attelée

La portée réelle chute de moitié en tractant une charge

100 %Déductibilité utilitaire 2026

Maintenue pour les pick-up homologués camionnette, électriques ou diesel

Comment un pick-up électrique est-il taxé en Belgique ?

Un pick-up homologué comme utilitaire léger (moins de 3,5 tonnes en charge) reste déductible à 100 % pour une société après 2026, qu'il soit électrique ou diesel. C'est la grande différence avec les voitures de société, soumises elles à l'obligation de zéro émission pour garder leur déductibilité.

Concrètement, cela change tout le raisonnement. Pour une voiture de société, la fiscalité belge force la main vers l'électrique dès 2026. Pour un pick-up homologué camionnette, le diesel garde sa déductibilité pleine. Selon les fiscalistes spécialisés (Accountable, link2fleet, 2026), la réforme des voitures de société ne s'applique pas aux utilitaires légers. Le pick-up électrique doit donc se justifier par son coût d'usage et son image, pas par un avantage fiscal automatique.

Le piège du « faux utilitaire » mérite attention. Depuis 2022 en Wallonie, un véhicule utilitaire doit être immatriculé par une personne physique ou morale inscrite à la Banque-Carrefour des Entreprises pour conserver le régime avantageux. Un particulier sans activité qui achète un pick-up électrique paie donc la fiscalité d'une voiture classique, prime d'image verte ou pas.

Et pour un indépendant complémentaire ?

L'indépendant complémentaire inscrit à la BCE peut bénéficier du régime utilitaire et de la déduction TVA au prorata de l'usage professionnel. La condition reste l'usage réel : le fisc considère les trajets domicile-travail comme privés. Mieux vaut tenir un carnet de bord kilométrique que d'estimer au doigt mouillé.

La TVA est-elle récupérable à 100 % ?

Rarement à 100 % en pratique. La TVA se récupère à hauteur de l'usage professionnel démontré, et le pick-up doit servir principalement au transport de marchandises de l'activité pour ouvrir ce droit. Un usage mixte fait tomber le pourcentage, généralement calculé au prorata des kilomètres professionnels.

Simple ou double cabine pour passer en utilitaire ?

La simple cabine à longue benne coche plus facilement les critères techniques de la camionnette. La double cabine passe souvent, mais c'est la première requalifiée en voiture par le fisc si la benne est trop courte. Vérifiez l'homologation N1 sur le certificat de conformité avant l'achat.

Pick-up électrique ou diesel : lequel choisir en Belgique ?

Pour un usage professionnel intensif avec remorquage lourd et longs trajets ruraux, le diesel reste aujourd'hui le choix rationnel en Belgique. Pour un usage urbain et périurbain avec recharge à domicile, l'électrique devient pertinent.

Le pick-up diesel garde trois avantages décisifs en 2026 : 3,5 tonnes de remorquage sans baisse d'autonomie, un plein en cinq minutes, et une déductibilité fiscale identique à l'électrique en société. Face à cela, l'électrique offre le silence, un coût au kilomètre plus bas si on recharge à domicile, l'accès aux zones de basses émissions d'Anvers, Gand et Bruxelles sans restriction, et zéro entretien moteur.

Le calcul honnête : si vous tractez lourd plus d'une fois par semaine et roulez en Wallonie rurale, attendez la prochaine génération. Si vous faites surtout du transport léger en zone urbaine et que vous rechargez la nuit au dépôt, le D-MAX EV ou l'eTerron 9 tiennent déjà la route. Le T90 EV, lui, ne convainc que pour un usage urbain sans remorque.

Le réflexe de l'artisan, c'est de regarder le prix et l'autonomie. Le vrai test, c'est la remorque. J'ai vu un paysagiste rendre son T90 EV au bout de trois mois, pas parce qu'il manquait d'autonomie, mais parce qu'il ne pouvait plus tracter sa mini-pelle. Le pick-up électrique se juge benne pleine et remorque attelée, pas sur la fiche technique du concessionnaire.

Christophe F.

Critères techniques à vérifier avant l'achat

Cinq points décident de la pertinence d'un pick-up électrique pour un usage belge, dans cet ordre. La capacité de remorquage d'abord : 1 000 kg ou 3 500 kg n'engagent pas le même véhicule ni le même métier. L'homologation ensuite : un certificat de conformité N1 conditionne tout le régime fiscal utilitaire. La charge utile de la benne, souvent rognée par le poids de la batterie sur les versions électriques. L'autonomie réelle en charge, à diviser par deux en tractant. Et la recharge disponible sur vos trajets, point faible en Wallonie rurale où le maillage rapide reste lacunaire.

Un sixième critère, plus discret : la garantie batterie et le réseau d'entretien. Maxus et Isuzu montent leur présence en Belgique, mais le réseau reste plus fin que celui de Toyota ou Ford. Pour un véhicule de travail immobilisé qui coûte chaque jour, la proximité d'un atelier compte autant que la fiche technique.

Le verdict de Christophe F.

Le pick-up électrique a sa place en Belgique, mais pas partout ni pour tout le monde. Pour un transport léger urbain et périurbain avec recharge à domicile, l'Isuzu D-MAX EV et le futur Maxus eTerron 9 sont déjà crédibles grâce à leurs 3,5 tonnes de remorquage. Le Maxus T90 EV reste le moins cher, mais ses 1 000 kg de capacité le cantonnent à un usage sans remorque lourde. Pour un usage professionnel intensif avec remorquage régulier et longs trajets en Wallonie rurale, le diesel garde l'avantage en 2026, d'autant qu'il conserve la même déductibilité fiscale en société. Mon conseil : posez la question du remorquage et de l'homologation N1 avant celle de l'autonomie. C'est là que la plupart des projets de pick-up électrique se décident, ou s'effondrent.